mercredi 25 novembre 2009

Le meilleur des mondes.

Cheminement : Racine – exil – dévoration – oiseau – peuple – fruit –héros – statue – suicide – nuit.



Rien n’est plus important que nos racines, particulièrement dans l’exil. Toutes ces choses qui ne comptaient pas auparavant, son arbre natal, la saveur si particulière du ver que ramène maman à dîner, cette dévoration commune avec mes frères et sœurs de ce ridicule petit lombric. Se sentir être, se sentir appartenir, être un oiseau parmi les oiseaux, appartenir au plus grand, au plus avancé des peuples, les Rossignols.

Hélas, pour avoir croqué le fruit défendu, simplement pour avoir mangé une pomme, je fus banni. Banni à jamais, de mon petit paradis sylvestre, bouté hors de mon arbre, et envoyé dans le monde froid, terrifiant et tellement primitif des « homo sapiens ». Maman m’avait beaucoup parlé des homos sapiens, elle en voit parfois quand elle va chercher à manger, elle dit que parfois il y en a qui trainent autour de notre arbre, dans un pays qui s’appelle « Parc ». Me voilà donc chassé de l’arbre et livré à moi-même à Parc.

Le premier humain que j’ai rencontré était un grand héros, c’était écrit sur le bloc qu’il avait sous les pieds. « Jean Moulin, héros de la résistance » mais il ne bougeait pas, il restait là sans même que le vent ne lui agite une plume. Et puis pas poli avec ca, il ne me répondait pas. J’ai cru qu’il était sourd, alors je suis allé me percher sur son épaule pour parler près de son oreille. Mais rien. Alors je me suis éloigné histoire de le voir un peu mieux. Ce sont vraiment des êtres étranges que ces bêtes-là. D’abord ca n’a pas d’ailes. Ca a comme une deuxième paire de jambes supplémentaires de chaque côté du poitrail, et c’est grand, grand, au moins 60 oiseaux de hauteur !

Puis j’ai vu deux autres hommes s’approcher. Et là stupeur, ils sont pas tous de la même couleur, le premier était gris, les deux autres étaient d’un rose rougeaux, très inesthétique. Ca se tient tout le temps sur ses deux pattes du bas, ca tangue dans tous les sens comme s’ils allaient tomber, aucun aérodynamisme. En plus ils ont des voix rauques quand ils parlent, j’ai rien compris à ce qu’ils racontaient, mais ces grosses voix disharmonieuse, ca a de quoi pousser un rossignol au suicide.

C’est décidé, cette nuit, banni ou pas, je remonte dans mon arbre!

samedi 14 novembre 2009

Ventana...

Je vois la pluie tomber, ici devant moi. Je vois ces gens comme je peux voir les feuilles tomber de ce chêne, au fond du jardin, de l'autre côté de la rue. Entendez-vous les gouttes de pluie frapper le sol, sentez-vous leur douceur? Avez-vous senti souffler le vent d'automne, l'avez-vous vu dérober leurs dernières feuilles aux arbres grisonnants? Moi non. Je ne sens ni n'entends rien, ou pas comme vous. Derrière ma fenêtre, je contemple. Vous ressentez peut-être, vous, mais vous n'êtes pas derrière cette fenêtre. Vous allez me dire qu'il est facile d'ouvrir une fenêtre. Moi, je n'ai pas envie de l'ouvrir. Je n'ai pas envie de découvrir ce qui se trouve, ce qui se cache, ce qui m'attend de l'autre côté. Ce n'est pas que je suis bien ici, chez moi; je ne me sens pas plus en sécurité ici que là-bas, "dehors". D'ailleurs, me sentirais-je meilleur de l'autre côté, à l'extérieur? A m'imaginer tout un tas d'aventures là-bas, c'est finalement ici l'extérieur. Cette fenêtre est peut-être fermée, mais elle est bien plus ouverte que la votre. Je vois que cette vitre n'est pas anodine, elle n'est pas innocente à mes rêveries, à mes vies nocturnes, à mes réflexions secrètes. Je m'aperçois qu'elle est aussi la gardienne de mes secrets inavouables, la confidente. Elle est la seule qui partage mes secrets clandestins sans me regarder de travers, sans me juger. Elle est ma moitié inavouable. Et c'est à travers elle que j'imagine le bruit de la pluie ou la froideur du vent d'automne. On est peut-être en été, qui sait? Peut-être que les arbres déshabillés par l'automne seraient une bourrasque annonciatrice d'orages... Qu'importe, je me plais à dire que l'on est en automne. Aucun risque d'être frustré, je n'ouvrirai jamais cette fenêtre, soudain trop heureux de réaliser le pouvoir qu'elle m'offre. Au fond, je saurai toujours ce qui se passe à l'extérieur, mais vous, qui êtes là-bas, ne saurez pas ce que j'y vois.

mercredi 4 novembre 2009

Feux naître.

Pour S.

Verre. Bois.
Sable et arbre.
Je vois la vie quadrillée de verre.

***

Croyez-vous que les fenêtres ont des ailes ? Moi, oui. Des ailes lourdes, grasses, collantes. Elles se posent à un endroit et ont beaucoup de mal à décoller. Chacun a sa fenêtre. Sa fenêtre sur le monde. On l'ouvre quand le souhaite. On la ferme quand on ne veut plus entendre le brouhaha du monde.
La mienne est juste un peu entrouverte. Juste assez pour entendre le murmure du vent, le chuchotis de l'humanité.
D'un seul coup, son rire l'ouvre complètement. Son rire que j'ai n'ai pas entendu depuis longtemps. Je l'avais presque oublié.... me penche pour regarder dehors. Je vois la bouche d'où sort son rire. Ses yeux se plissent quand ce rire brille. Ça fait du bien, ce rire. Même si je ne le partage pas. Il a l'air de bien se porter, ce rire.
Faudrait que j'aille voir. Mais bon, sauter par la fenêtre, c'est pas facile.
Je me rends compte en regardant mieux que ce n'est pas juste du verre qui nous sépare. C'est eux. Ils se mettent entre nous. Leurs mots nous ont éloignées. Leurs lèvres en remuant, en s'agitant ont bloque son rire. Je n'entendais que leur bruit. Sa musique ne me parvenait plus. Je m'abreuve de ce rire. J'étais assoiffée. Je ne le sais que maintenant.
Il faudrait que j'ose. J'ai envie de rire, moi aussi. "Pourrais-je à nouveau rire avec toi ?" Ca me manque. Un jour peut-être...
Pour moi traverser la fenêtre, c'est demander pardon. C'est la chose la plus simple à faire et la plus dure à obtenir.
Alors : "Pardon, ça te dérange si je ris avec toi ?"
Ma fenêtre doit avoir les ailes cassées. Je vais la soigner. Peut-être pourra-t-elle s'envoler à nouveau. Peut-être pourrons-nous rire encore. Rien qu'une fois. Une seule toute petite fois. J'ai envie de rire.

jeudi 25 juin 2009

Le Cirque de Grève


Entrez tous ! Approchez-vous ! Venez les voir ces êtres curieux, ces phénomènes de foire. Le grand cirque du Mirail vous ouvre ses portes et vous présente ses habitants.
Tournez-vous, regardez tout autour de vous, avachis dans les gradins voici la Majorité Silencieuse, la masse molle, inactive, je-m’en-foutiste, qui sort parfois de sa torpeur pour jeter un œil bovin au spectacle qui se déroule à ses pieds. Observez-les, ces éternels absents, spectateurs passifs de leurs propres vies. Ils passeront le spectacle à dormir, ne se sentant jamais réellement concernés, Non-Décision, Inaction, et Flemme veilleront sur leur sommeil et leurs consciences.

Au centre du Chapiteau, le cirque du Mirail a placé ses Clowns. Tout d’abord, le clown triste qui, assisté de ses zouaves s’accroche fermement au piquet central, loin au-dessus du sol, loin au-dessus de nos têtes, de la réalité. Comme le reste du cirque, le piquet est branlant, une fissure court tout au long de sa base, et ne supportant plus le poids du Clown-en-Chef et de ses acolytes, il cède. Cramponné à son pilier qui s’écroule, le Clown triste hurle à la foule sourde des passifs qu’il ne faut pas s’inquiéter, et que tout ira bien, et persiste à tenter de détourner leurs yeux bovins du chapiteau qui s’écroule.
Un peu plus loin, un groupe de grotesques s’est réuni, les Dadais, armada de clowns mineurs, mais néanmoins bien plus efficaces que leurs aînés. Ils maîtrisent l’art délicat de l’inutilité assumée et la capacité impressionnante d’arriver à faire rire à ses dépens, et ce, grâce à l’arme suprême du comique de répétition. Ils reproduisent, nuit après nuit la même action, le déblocage. Le résultat est lui aussi toujours le même, le spectacle continue, se souciant peu des efforts des Dadais.

Mais la grande fierté du cirque, ce sont eux : les Irréductibles. Vous pouvez les apercevoir, répartis ça et là sur la piste, fiers et vindicatifs. La grande majorité d’entre eux ne fera pas plus de deux minutes de spectacle, mais on les entendra. Et pour cause… À grand renfort de cris, ils pavanent, se lancent dans des joutes verbales, brassent l’air avec brio, abusent des mots « nous, « lutte », « blocage », mots dont ils ne connaissent jamais que la théorie. Ils sont beaux , ils sont grands ces mots, ils enflamment les foules, et comme ils les manient avec excellence ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur les barricades ! Leur présence éphémère aux AG hebdomadaires et à la manif mensuelle leur semble une contribution suffisante, ils restent persuadés d’être le clou du spectacle et s’en retournent chez eux, gonflés d’orgueil et méprisant la basse populace de la majorité silencieuse. Se croyant impérieux et tout puissants, ils sont à gerber de suffisance, masse manipulable parmi les autres.
Et il ne faut pas aller bien loin pour trouver ceux qui tirent les ficelles. Levez les yeux, là juste au-dessus de leurs têtes de pantomimes, s’élançant avec grâce dans les airs, voici les Voltigeurs. Bien au chaud au sommet du chapiteau, drapés dans leurs beaux costumes, bien à l’abri derrière leurs filets de sécurité, ils improvisent un ballet dangereux dans lequel ils entraînent leurs marionnettes à l’encéphale proéminent. Se balançant de trapèze en trapèze, toujours à l’aise, voici les démagos, tout dans les mots, rien dans le geste.
Que reste-t-il, me direz-vous. Regardez, là-bas dans un coin de l’arène, grondante et désespérée, voici le reste des Irréductibles. Prêts à tout pour réussir le spectacle, ils se casseront les dents sur leurs adversaires bien avant la fin du spectacle, et l’on balaiera ce qui leur reste de fierté d’un revers dédaigneux de la main. Mais pour l’instant ils luttent encore. Regardez-les ces Dompteurs intrépides, ils tentent péniblement de contenir le flot de Réformes horribles, difformes et menaçantes qui s’abattent sur leurs têtes, et encerclant cette masse grouillante de vices despotiques, ils bâtissent tout autour des barricades de fortune, tables, chaises, tôles et passage à niveau, tout est bon à prendre. Croulant sous les attaques des fougueuses Réformes, ils appellent au secours les endormis de la Majorité Silencieuse, qu’ils ne parviennent pas à réveiller ; et leurs compagnons Irréductibles qui les encouragent de la voix depuis le banc de touche, ceux-là non plus ne viendront pas, mais ils donnent de la voix. « Courage, vous êtes formidables ! continuez ! » et ils applaudissent, de loin, ils ne sont pas fous au point de venir se salir les mains auprès de ceux qui seront battus. Un par un, les dompteurs abandonnés baissent bras et fouets devant les Monstres-Réformes prêts à les engloutir.


Mais voici qu’en plein milieu de la représentation surgissent de nouveaux protagonistes. Appelés en renfort par le Clown-en-Chef, des Clowns Républicains de Sécurité, clown d’élites, déboulent sur la piste et viennent prêter main-forte aux Réformes. Dès lors, les Dompteurs, pris en tenaille entre les CRS et les Monstres-Réformes, ils ne peuvent plus que se rendre.
Les Dadais, voyant que les Clowns d’élite ont réussi là où ils avaient échoué, essayent de partager les lauriers avec eux, donnant un ou deux coups de pied aux dompteurs agonisants. Puis saluant le public très sérieusement, ils guettent les applaudissements du public avec un sens du ridicule à couper le souffle. Les Clowns profitent du désordre qui règne pour disperser tout le monde et mettre ainsi fin au spectacle.

Privés de spectacle, tous les protagonistes sont déçus, et fort mécontents. Il faut un coupable ! Et voilà que du bout du doigt, l’air de rien, les Clowns pointent les Dompteurs. Cible facile, ce sont les perdants, ils font donc des coupables parfaits. « Ils ont foutu le spectacle en l’air, ils sont pires que les Réformes qu’ils essayaient de repousser » crie la Majorité Silencieuse étrangement réveillée. « Ils ne se sont pas assez battus, ils ont baissé les bras aux premières difficultés » osent affirmer les Voltigeurs. Les Clowns, devenus les stars du moment, hochent la tête en souriant, « on vous avait prévenu… »
Malmenés, couvert d’injures et de tomates pourries, Les Dompteurs s’éloignent et hantent les abords du cirque où ils ont si longtemps vécu, ne sachant que faire ni où aller. Ils attendent la prochaine représentation. Et quelque part dans la nuit, un Dompteur hurle à la lune « À L’ANNÉE PROCHAINE ! »









Je m'excuse d'avance pour les fautes de saisie, je suis une catastrophe ambulante à l'ordinateur, alors un texte aussi long...

jeudi 4 juin 2009

Et sonne le glas?


La lutte? Bien sûr qu'on y croyait, on y croyait tous! On a fait des sacrifices, au nom de la lutte, au nom de nos idéaux, pour nos principes. On a marché, longtemps, on a hurlé fort, certains ont tourné avec acharnement, d'autres ont occupé les lieux et ont participé à la vie universitaire, chacun à sa manière, chacun à son rythme, "jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction" disait-on! Mais les gars, on s'est fait planter! Si! Là, juste là, de l'autre côté du plexus solaire, dans le dos, exactement, là, bien profondément. Les enseignants se déresponsabilisent : «On n'a fait que suivre les étudiants, nous ; ce n'est pas notre grève!», l'État continue à s'en battre les entrecôtes, et les autres, tiens, parlons-en de ces autres. Non, n'en parlons pas, c'est dadaïsant, c'est confédérationnalement étudiantique, c'est libertatourmentateur d'esprit. Où en sommes-nous? Que faisons-nous? Les battants sont perdus, les lâches sourient, les pécresseurs oppressent en se frappant la panse, et l'argent coule à flots dans les poches, jamais trouées, et à double fond, des Filâtrélistes. J'entends les rires de ces autres, et ça perce le ventre, autant d'horreur, c'est un cancer virulent, c'est vomitif. Alors, c'est fini?


mardi 5 mai 2009

Petit complément au message précédent :
voici l'extrait de James Joyce sur lequel le travail de la séance portait.

mercredi 22 avril 2009

L'Univert-Cité

Travail de cette semaine basé sur Portrait d'un jeune homme en artiste, de James JOYCE.


Je tiens à préciser, que pour une fois, je n'ai pas retapé mon texte, car il avait une importance particulière pour moi. Si vous n'arrivez pas à me lire, je le retaperais sans problème.

dimanche 19 avril 2009

Appel au Peuple

Bienvenue messieurs dames! Bienvenue dans la Génération Sacrifiée! Ce soir et en exclusivité, les Séquestrés du Système ouvrent les portes de leur Galère, montez messieurs dames! Je répète, ce soir et en exclusivité, les Muets aux Gorges Déployées déambulent sous vos balcons, dans vos rues mesdames messieurs! Dans la rue « Non Entendue » le spectacle est gratuit et ouvert à tous! Oyez oyez banquiers, sans papiers et jeunes désabusés! Oyez! Accompagnez-nous jusqu'au bout des pavés pour un spectacle inoubliable et hors du commun mesdames et messieurs : un Voyage au centre de la Crise! Des paradis fiscaux jusqu'à la banqueroute en passant par les sueurs froides, les infarctus, les suicides mais aussi les rires, les mensonges et les foutages de gueule, nous verrons tout, oui monsieur vous avez bien compris : TOUT!
Avancez braves gens! Ne prenez pas peur, parce que même sur l'échafaud nous respectons les mesures de sécurité et la législation, vous trouverez dans les paniers situés dans les égouts, sur les bas côtés, des parachutes, pas dorés mais presque! Alors avancez sans crainte dans cette rue sans fin messieurs dames, pour une ruée sans or vers un avenir déjà mort!
Et n'oubliez pas : profitez du spectacle!

vendredi 10 avril 2009

Par delà les frontières.

Sur le même thème qu'Ailleurs en Scène, c'est à dire l'incipit d'un roman de Romain Gary, et plus particulièrement cette phrase "La barrière du langage, c'est quand deux types parlent la même langue. Plus moyen de se comprendre."






Il était là, il me regardait avec insistance, comme s'il avait quelque chose de crucial à dire. J'attendais désespérément qu'il parle, mais lorsqu'il ouvrit enfin la bouche, impossible de comprendre un traitre mot de ce charabia. C'était des a, des an, des ou dans tous les sens. Ca sonnait comme une grève généralisée des consonnes. Plus il parlait, plus la frustration montait. Etais-je tombée sur le seul malgache qui ne parlait pas un mot de français? Depuis cinq ans que je vivais ici, pas une seule fois je n'avais eu de problème pour communiquer, donc je n'avais jamais fait l'effort d'apprendre cette langue qui vivait, chantait, grouillait tout autour de moi. Et voilà qu'aujourd'hui, assise sur cette stupide fontaine, j'écoutais quelqu'un me raconter une histoire dans une langue incompréhensible. Petit à petit, les mots trouvaient leur place autour de nous, ils devenaient musique, envahissaient mon espace, ma tête, coulant, passant, et amenant avec eux toute sorte d'images, sorties de je ne sais quel subconscient freudien pour former une danse colorée et envoutante. Bercée par sa voix, et par mon incompréhension, je m'endormis, la tête posée sur ses genoux.
Lorsque je m'éveillais au petit matin, il était toujours là, avec son éternel sourire fixé aux lèvres.
"Bonjour..."
Je me suis fait avoir, il avait grandi du coté d'Aix en Provence, le français il le parlait bien mieux que moi, il l'enseignait.
Maintenant, cela fait presque 3 ans que je l'écoute parler. Il m'a appris à baragouiner sa propre langue. Disons que je parle un malgache petit vahaza. L'histoire qu'il m'a raconté ce soir là n'est certainement pas la même que celle que j'ai entendue ou compris. Je n'ai jamais voulu l'entendre de nouveau, en V.O. ou traduite. La seule chose que je sais, c'est que maintenant que je comprends ses histoires, je me rends compte qu'il n'y en a pas eu, et qu'il n'y en aura jamais de plus belle que la première. De même, le récit de cette soirée n'en vaudra jamais le souvenir. S'il me lisait, il m'en voudrait même d'essayer.

jeudi 9 avril 2009

Ailleurs en scène

Deux marcheurs s’arrêtent en un lieu déterminé.
A : Ailleurs c’est ici.
B : C’est bien ce que je dis.
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ? Pouvons-nous nous accorder sur l’ici maintenant ? Ailleurs est entendu, plus loin est compris ; ici fait défaut.
A : Ici fait des fau-tes. Si l’ici est ailleurs, ne faut-il pas aller le chercher ?
B : Non, l’ailleurs est ici ; pour ici c’est autre chose : il refuse de se montrer. Il craint l’ailleurs qui lui colle au derrière.
A : C’est fou ça ! Mais où est ailleurs, s’il n’est pas ici ?
B : Mais il est ici !
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ?
A : A vue de nez…
B : Plutôt d’une longue vue… Ici n’est pas là, il serait plutôt plus loin.
A : Là non, plus loin… Je ne sais pas.
B : Ouvrons l’œil, là n’est peut-être pas loin.
A : Mais là n’est pas ici !
B : Peut-être… Là nous le dira, car s’il n’est pas ici, ce qui serait fâcheux, il est avec ici.
A : Ici qui est ailleurs.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord.
A : Allons voir.
Ils vont un peu plus loin.

[Mes hommages à Beckett et Lacan.]

mardi 7 avril 2009

Le jour où ma vie a raté son virage. (1)

Je n’ai jamais vraiment su quand j’étais né.
Enfin, ce que je veux dire, c’est que la version officielle des faits, celle qui est marquée sur l’Etat Civil, donne comme date le 20 octobre 1988. Là où ça se corse, c’est que j’ai trouvé parmi les papiers de ma mère, un certificat de naissance écrit de la main du médecin datant de 1986.
Connaissant les difficultés que mes parents ont traversées avant de m’avoir – ils avaient même envisagé la fécondation artificielle, je me suis longtemps demandé si mes parents étaient vraiment le miens. J’avais maintenant une autre sujet d’interrogation : étais-je né en 1988 ou non ?
Puis le temps a passé, cette histoire s’est effacée de ma mémoire. Jusqu’à ce jour, où on a sonné à la porte de mon appartement.
J’ai ouvert. Sur le seuil, il y avait un homme. Il semblait nerveux, mais pas angoissé, plutôt confiant au contraire. Le genre de type qui fait des enquêtes au porte-à-porte pour savoir si on préfère les flans vanille-cassis ou framboise-melon, ou si la dernière lessive –nouvelle formule ! – qui lave même si on fait des nœuds et qui rend le linge blanc et doux nous satisfait.
Je me fais la réflexion que je vais sans doute finir par lui claquer la porte au nez. Même si c’est pas sympa, aujourd’hui n’est pas le bon jour pour venir m’interroger sur mes préférences culinaires ou la douceur de mon linge.
Il commence :
« Je suis bien chez Monsieur… ? »
Je me dis tiens, les enquêteurs n’ont-ils pas au moins de quoi noter les réponses des gens ? Il doit avoir une bonne mémoire, celui-là, il n’a rien, juste ce bout de feuille où est griffonné mon nom… »
Il semble attendre quelque chose… ? Ah oui, je ne lui ai toujours pas répondu.
Je lui murmure un “oui“ tout sauf engageant. Il ne s’en formalise pas et me demande s’il peut entrer quelques instants. Je lui cède le passage. Il entre, s’avance puis s’arrête. Je lui propose de s’installer dans le salon. Je vais chercher des tasses et du café dans la cuisine. Nous nous asseyons. Il regarde sa tasse fixement, il ne se sait visiblement pas quoi dire, par où commencer. Il parait se décider, prend une longue inspiration et se lance.

dimanche 5 avril 2009

Un cerf-volant dans le placard.

Jour de mon sixième anniversaire.
Ma tante me tend un objet tout emballé de papiers aux couleurs criardes. Elle me sourit en disant : « Tiens, c’est cadeau ! »
J’ouvre le paquet. J’en sors quelques bouts de bois et un morceau de toile. Je regarde ma tante sans vraiment comprendre.

On me dit : C’est un cerf-volant. Il faut le monter. Ils ont l’air d’être plus contents que moi. Ils montent le cerf-volant. Ils ont l’air de plus s’amuser que moi.
On me tend un bout de ficelle. On me dit : Cours ! Il faut qu’il décolle. Ils ont l’air d’être plus impatients que moi. Ils regardent le cerf-volant hésiter à s’envoler, il volette et retombe au sol. Ils ont plus l’air d’être des ingénieurs de la NASA, attendant de voir décoller leur fusée, que moi.
On me pousse, on me prend sur les épaules. On me dit : Tend les bras ! Il faut qu’il aille plus haut. Ils ont l’air de vouloir le voir voler plus que moi. Ils sont contents ils volent. Les ingénieurs se félicitent du succès de leur mission.

Je reprends mon cadeau. Je range soigneusement toutes les baguettes de bois, je plis soigneusement le morceau de toile, je rembobine soigneusement le fil. Je reprends mon cadeau. J’ouvre soigneusement la porte de mon armoire, je glisse soigneusement l’étui dans lequel est emballé mon cerf-volant sur une étagère, je remets soigneusement mes habits par-dessus.

J’ai repris mon cadeau. Ils avaient l’air de vouloir être moi plus que moi.
Enfin, quoi ! C’est mon anniversaire !

Irak 9-1.

Lueurs des voix. Clameur de la nuit.
L’eau flotte. Éclair. Je me tortille sur les épaules de mon père. A droite, des bouches crient. A gauche, des bouches crient. Tonnerre !
Là-bas, loin devant, d’autres bouches crient. D’autres éclairs, mais plutôt de ceux qui font des cratères. La ville est menacée. La vie est prise.
Bagdad tremble. Elle s’en irait bien, mais ses racines sont trop profondes. Elle s’enterrerait bien, mais elle ne veut pas s’asphyxier.
Ici, loin de là, on voudrait l’aider. Alors on crie. On essaie d’être des paratonnerres. Nous voulons égaler Benjamin Franklin. Mais, là, pas le droit à l’erreur, pas d’essai. Il n’y a pas de cerfs-volants à Bagdad.

Plume et la nuit

Plume sort. C’est ce qu’il préfère dans la vie.
Les arbres se transforment. Il s’agitent, veulent le suivre. Leurs racines sont trop solides.
Le vent lui caresse le visage. Puis, voyant que Plume ne réagit pas, ne répond pas à sa tendresse, le vent se vexe et se venge. Il envoie des vagues de froides aiguilles.
Plume pleure. Il ne veut pas du malheur. Plume pleure et la nuit le serre dans ses bras. Plume pleure, mais un peu moins, puis plus du tout.
Plume revient et, pour la première fois dans sa vie, entre.
Changement de décors, chemin sinueux. Arrivé à la bifurcation, Plume doit choisir. Il se dit : «Pourquoi ne pas dire oui ?»
Plume devient heureux. Le temps passe. Un ange vient lui serrer la main, puis s’envole. Le temps repasse. Plume se dit : «Tiens, il fait des allers et des retours. Quand est le prochain train ?»
Plume est fatigué. Le temps n’a pas arrêté de passer, repasser, dépasser partir, revenir. Plume retrouve son habitude : il sort. Il n’est plus seul. La lune les suit des yeux. La pluie semble hésiter à les mouiller.
Plume est dispersé par le vent qui est revenu. Il se promène dans la rue, sur la route.
Les lumières dansent. Bienvenue dans le bal nocturne !
Plume marche, puis saute, cours. Il s’arrête. Une bouche d’égout le regarde d’un air agressif. Elle grogne, puis glisse sous son pied.
Plume embrasse le bitume. Des cailloux plein les dents, il se dit que ce n’est pas si mauvais, juste beaucoup plus croustillant que tout ce qu’il a mangé jusque là.
Plume se relève et reprend son chemin. Il doit chercher une maison libre, puisque la sienne a disparu.
Il arrive devant, prend ses clefs. Ouvre la porte, derrière il y a son lit. Plume réfléchit et se dit qu’il a de la chance de posséder un lit qui sache prendre le train.
Il se couche. S’endort. Il doit dormir. Il doit être en forme. Demain, c’est la révolution.

vendredi 3 avril 2009

Le soleil se lève

La Chine, vous connaissez la Chine? Pékin, Shanghai, la Cité interdite, vestige des dynasties impériales, son milliard et demi d'habitants ?
Et le Tibet ? Vous connaissez ? Son yéti, ses neiges éternelles... Paysages de carte postales, pays où les légendes sont vivantes.
La carte postale a jauni, la légende s'est teintée de rouge.
La Chine aime le Tibet. Elle l'aime tellement qu'elle s'est installée chez lui. Depuis 60 ans.
La collocation n'est pas simple : la Chine ne paie pas le loyer, par contre elle sait faire le ménage.
Dans ce couple étrange, le Tibet est la femme battue : son peuple est asservi, obligation pour tous les Tibétains et Tibétaines de parler, manger rêver, vivre chinois.
Plus de langues, plus de culture, plus d'art, plus d'existence pour le Tibet.
Quand le loup n'y est pas... mais le loup y est. Et il mange le Tibet.
Obligation de vivre chinois, vous dites ? Obligation de se marier avec un Chinois. Sans permis pas D4enfant tibétain. Enfant Sans permis ?
"Suite à des complications lors de l'accouchement, nous avons dû opérer votre femme. Pour le bien-être de celle-ci, nous avons pris la décision de la stériliser." (en chinois dans le texte)

Mais pas d'inquiétude ! La Chine est là pour aider le Tibet ! Elle l'a sorti du joug théocratique des moines et des lamas. Le pseudo-communisme, c'est tellement mieux !
Vive la Chine ! C'est tout ce que je peux dire.

Suite aux évènement qui avaient eu lieu l'an dernier au Tibet (révoltes et émeutes du peuple tibétain contre le colon chinois), j'ai fait un petit exposé devant quelques membres du NPA. Cela a été très mal accueilli, je me suis vu qualifiée d'"anti-communiste" et de "partisane d'un régime théocratique dictatorial, et de la restauration d'un tel régime au Tibet".
Je tiens à préciser que je suis pour le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et dans ce cadre-là, je suis convaincue que le peuple du Tibet voit ce droit bafoué (et ce quel que soit le régime en place en Chine).

Thème de la semaine

Le thème de cette semaine était la colère productive. (travail basé sur la lecture d'un passage de La promesse de l'aube, de Romain GARY et sur la phrase "Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux de l'instruction", in Proverbes d'enfers, de William BLAKE)

Inauguration du blog

Bonjour à tous,

Suite à la proposition de Julien Roumette de créer un blog pour mettre en ligne les textes présents, passés et futur de l'atelier d'écriture, voilà le résultat.

Pour mettre vos textes sur le blog, créez un profil sur Blogger et je vous mettrais comme auteurs ou envoyez-moi les textes directement sur ma boîte mail.

Pour le choix du titre, j'avais proposé "la nacelle", parce que je trouvais ça symbolique à la fois sur le thème annuel de la nidification en l'air, du voyage (dans notre imaginaire ou celui des autres à travers nos écrits) et également, de notre vision du monde qui est modifiée selon le point de vue adopté.

J'espère que tout le monde participera activement !

Louise