mercredi 25 novembre 2009

Le meilleur des mondes.

Cheminement : Racine – exil – dévoration – oiseau – peuple – fruit –héros – statue – suicide – nuit.



Rien n’est plus important que nos racines, particulièrement dans l’exil. Toutes ces choses qui ne comptaient pas auparavant, son arbre natal, la saveur si particulière du ver que ramène maman à dîner, cette dévoration commune avec mes frères et sœurs de ce ridicule petit lombric. Se sentir être, se sentir appartenir, être un oiseau parmi les oiseaux, appartenir au plus grand, au plus avancé des peuples, les Rossignols.

Hélas, pour avoir croqué le fruit défendu, simplement pour avoir mangé une pomme, je fus banni. Banni à jamais, de mon petit paradis sylvestre, bouté hors de mon arbre, et envoyé dans le monde froid, terrifiant et tellement primitif des « homo sapiens ». Maman m’avait beaucoup parlé des homos sapiens, elle en voit parfois quand elle va chercher à manger, elle dit que parfois il y en a qui trainent autour de notre arbre, dans un pays qui s’appelle « Parc ». Me voilà donc chassé de l’arbre et livré à moi-même à Parc.

Le premier humain que j’ai rencontré était un grand héros, c’était écrit sur le bloc qu’il avait sous les pieds. « Jean Moulin, héros de la résistance » mais il ne bougeait pas, il restait là sans même que le vent ne lui agite une plume. Et puis pas poli avec ca, il ne me répondait pas. J’ai cru qu’il était sourd, alors je suis allé me percher sur son épaule pour parler près de son oreille. Mais rien. Alors je me suis éloigné histoire de le voir un peu mieux. Ce sont vraiment des êtres étranges que ces bêtes-là. D’abord ca n’a pas d’ailes. Ca a comme une deuxième paire de jambes supplémentaires de chaque côté du poitrail, et c’est grand, grand, au moins 60 oiseaux de hauteur !

Puis j’ai vu deux autres hommes s’approcher. Et là stupeur, ils sont pas tous de la même couleur, le premier était gris, les deux autres étaient d’un rose rougeaux, très inesthétique. Ca se tient tout le temps sur ses deux pattes du bas, ca tangue dans tous les sens comme s’ils allaient tomber, aucun aérodynamisme. En plus ils ont des voix rauques quand ils parlent, j’ai rien compris à ce qu’ils racontaient, mais ces grosses voix disharmonieuse, ca a de quoi pousser un rossignol au suicide.

C’est décidé, cette nuit, banni ou pas, je remonte dans mon arbre!

samedi 14 novembre 2009

Ventana...

Je vois la pluie tomber, ici devant moi. Je vois ces gens comme je peux voir les feuilles tomber de ce chêne, au fond du jardin, de l'autre côté de la rue. Entendez-vous les gouttes de pluie frapper le sol, sentez-vous leur douceur? Avez-vous senti souffler le vent d'automne, l'avez-vous vu dérober leurs dernières feuilles aux arbres grisonnants? Moi non. Je ne sens ni n'entends rien, ou pas comme vous. Derrière ma fenêtre, je contemple. Vous ressentez peut-être, vous, mais vous n'êtes pas derrière cette fenêtre. Vous allez me dire qu'il est facile d'ouvrir une fenêtre. Moi, je n'ai pas envie de l'ouvrir. Je n'ai pas envie de découvrir ce qui se trouve, ce qui se cache, ce qui m'attend de l'autre côté. Ce n'est pas que je suis bien ici, chez moi; je ne me sens pas plus en sécurité ici que là-bas, "dehors". D'ailleurs, me sentirais-je meilleur de l'autre côté, à l'extérieur? A m'imaginer tout un tas d'aventures là-bas, c'est finalement ici l'extérieur. Cette fenêtre est peut-être fermée, mais elle est bien plus ouverte que la votre. Je vois que cette vitre n'est pas anodine, elle n'est pas innocente à mes rêveries, à mes vies nocturnes, à mes réflexions secrètes. Je m'aperçois qu'elle est aussi la gardienne de mes secrets inavouables, la confidente. Elle est la seule qui partage mes secrets clandestins sans me regarder de travers, sans me juger. Elle est ma moitié inavouable. Et c'est à travers elle que j'imagine le bruit de la pluie ou la froideur du vent d'automne. On est peut-être en été, qui sait? Peut-être que les arbres déshabillés par l'automne seraient une bourrasque annonciatrice d'orages... Qu'importe, je me plais à dire que l'on est en automne. Aucun risque d'être frustré, je n'ouvrirai jamais cette fenêtre, soudain trop heureux de réaliser le pouvoir qu'elle m'offre. Au fond, je saurai toujours ce qui se passe à l'extérieur, mais vous, qui êtes là-bas, ne saurez pas ce que j'y vois.

mercredi 4 novembre 2009

Feux naître.

Pour S.

Verre. Bois.
Sable et arbre.
Je vois la vie quadrillée de verre.

***

Croyez-vous que les fenêtres ont des ailes ? Moi, oui. Des ailes lourdes, grasses, collantes. Elles se posent à un endroit et ont beaucoup de mal à décoller. Chacun a sa fenêtre. Sa fenêtre sur le monde. On l'ouvre quand le souhaite. On la ferme quand on ne veut plus entendre le brouhaha du monde.
La mienne est juste un peu entrouverte. Juste assez pour entendre le murmure du vent, le chuchotis de l'humanité.
D'un seul coup, son rire l'ouvre complètement. Son rire que j'ai n'ai pas entendu depuis longtemps. Je l'avais presque oublié.... me penche pour regarder dehors. Je vois la bouche d'où sort son rire. Ses yeux se plissent quand ce rire brille. Ça fait du bien, ce rire. Même si je ne le partage pas. Il a l'air de bien se porter, ce rire.
Faudrait que j'aille voir. Mais bon, sauter par la fenêtre, c'est pas facile.
Je me rends compte en regardant mieux que ce n'est pas juste du verre qui nous sépare. C'est eux. Ils se mettent entre nous. Leurs mots nous ont éloignées. Leurs lèvres en remuant, en s'agitant ont bloque son rire. Je n'entendais que leur bruit. Sa musique ne me parvenait plus. Je m'abreuve de ce rire. J'étais assoiffée. Je ne le sais que maintenant.
Il faudrait que j'ose. J'ai envie de rire, moi aussi. "Pourrais-je à nouveau rire avec toi ?" Ca me manque. Un jour peut-être...
Pour moi traverser la fenêtre, c'est demander pardon. C'est la chose la plus simple à faire et la plus dure à obtenir.
Alors : "Pardon, ça te dérange si je ris avec toi ?"
Ma fenêtre doit avoir les ailes cassées. Je vais la soigner. Peut-être pourra-t-elle s'envoler à nouveau. Peut-être pourrons-nous rire encore. Rien qu'une fois. Une seule toute petite fois. J'ai envie de rire.