vendredi 10 avril 2009

Par delà les frontières.

Sur le même thème qu'Ailleurs en Scène, c'est à dire l'incipit d'un roman de Romain Gary, et plus particulièrement cette phrase "La barrière du langage, c'est quand deux types parlent la même langue. Plus moyen de se comprendre."






Il était là, il me regardait avec insistance, comme s'il avait quelque chose de crucial à dire. J'attendais désespérément qu'il parle, mais lorsqu'il ouvrit enfin la bouche, impossible de comprendre un traitre mot de ce charabia. C'était des a, des an, des ou dans tous les sens. Ca sonnait comme une grève généralisée des consonnes. Plus il parlait, plus la frustration montait. Etais-je tombée sur le seul malgache qui ne parlait pas un mot de français? Depuis cinq ans que je vivais ici, pas une seule fois je n'avais eu de problème pour communiquer, donc je n'avais jamais fait l'effort d'apprendre cette langue qui vivait, chantait, grouillait tout autour de moi. Et voilà qu'aujourd'hui, assise sur cette stupide fontaine, j'écoutais quelqu'un me raconter une histoire dans une langue incompréhensible. Petit à petit, les mots trouvaient leur place autour de nous, ils devenaient musique, envahissaient mon espace, ma tête, coulant, passant, et amenant avec eux toute sorte d'images, sorties de je ne sais quel subconscient freudien pour former une danse colorée et envoutante. Bercée par sa voix, et par mon incompréhension, je m'endormis, la tête posée sur ses genoux.
Lorsque je m'éveillais au petit matin, il était toujours là, avec son éternel sourire fixé aux lèvres.
"Bonjour..."
Je me suis fait avoir, il avait grandi du coté d'Aix en Provence, le français il le parlait bien mieux que moi, il l'enseignait.
Maintenant, cela fait presque 3 ans que je l'écoute parler. Il m'a appris à baragouiner sa propre langue. Disons que je parle un malgache petit vahaza. L'histoire qu'il m'a raconté ce soir là n'est certainement pas la même que celle que j'ai entendue ou compris. Je n'ai jamais voulu l'entendre de nouveau, en V.O. ou traduite. La seule chose que je sais, c'est que maintenant que je comprends ses histoires, je me rends compte qu'il n'y en a pas eu, et qu'il n'y en aura jamais de plus belle que la première. De même, le récit de cette soirée n'en vaudra jamais le souvenir. S'il me lisait, il m'en voudrait même d'essayer.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire