jeudi 25 juin 2009

Le Cirque de Grève


Entrez tous ! Approchez-vous ! Venez les voir ces êtres curieux, ces phénomènes de foire. Le grand cirque du Mirail vous ouvre ses portes et vous présente ses habitants.
Tournez-vous, regardez tout autour de vous, avachis dans les gradins voici la Majorité Silencieuse, la masse molle, inactive, je-m’en-foutiste, qui sort parfois de sa torpeur pour jeter un œil bovin au spectacle qui se déroule à ses pieds. Observez-les, ces éternels absents, spectateurs passifs de leurs propres vies. Ils passeront le spectacle à dormir, ne se sentant jamais réellement concernés, Non-Décision, Inaction, et Flemme veilleront sur leur sommeil et leurs consciences.

Au centre du Chapiteau, le cirque du Mirail a placé ses Clowns. Tout d’abord, le clown triste qui, assisté de ses zouaves s’accroche fermement au piquet central, loin au-dessus du sol, loin au-dessus de nos têtes, de la réalité. Comme le reste du cirque, le piquet est branlant, une fissure court tout au long de sa base, et ne supportant plus le poids du Clown-en-Chef et de ses acolytes, il cède. Cramponné à son pilier qui s’écroule, le Clown triste hurle à la foule sourde des passifs qu’il ne faut pas s’inquiéter, et que tout ira bien, et persiste à tenter de détourner leurs yeux bovins du chapiteau qui s’écroule.
Un peu plus loin, un groupe de grotesques s’est réuni, les Dadais, armada de clowns mineurs, mais néanmoins bien plus efficaces que leurs aînés. Ils maîtrisent l’art délicat de l’inutilité assumée et la capacité impressionnante d’arriver à faire rire à ses dépens, et ce, grâce à l’arme suprême du comique de répétition. Ils reproduisent, nuit après nuit la même action, le déblocage. Le résultat est lui aussi toujours le même, le spectacle continue, se souciant peu des efforts des Dadais.

Mais la grande fierté du cirque, ce sont eux : les Irréductibles. Vous pouvez les apercevoir, répartis ça et là sur la piste, fiers et vindicatifs. La grande majorité d’entre eux ne fera pas plus de deux minutes de spectacle, mais on les entendra. Et pour cause… À grand renfort de cris, ils pavanent, se lancent dans des joutes verbales, brassent l’air avec brio, abusent des mots « nous, « lutte », « blocage », mots dont ils ne connaissent jamais que la théorie. Ils sont beaux , ils sont grands ces mots, ils enflamment les foules, et comme ils les manient avec excellence ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur les barricades ! Leur présence éphémère aux AG hebdomadaires et à la manif mensuelle leur semble une contribution suffisante, ils restent persuadés d’être le clou du spectacle et s’en retournent chez eux, gonflés d’orgueil et méprisant la basse populace de la majorité silencieuse. Se croyant impérieux et tout puissants, ils sont à gerber de suffisance, masse manipulable parmi les autres.
Et il ne faut pas aller bien loin pour trouver ceux qui tirent les ficelles. Levez les yeux, là juste au-dessus de leurs têtes de pantomimes, s’élançant avec grâce dans les airs, voici les Voltigeurs. Bien au chaud au sommet du chapiteau, drapés dans leurs beaux costumes, bien à l’abri derrière leurs filets de sécurité, ils improvisent un ballet dangereux dans lequel ils entraînent leurs marionnettes à l’encéphale proéminent. Se balançant de trapèze en trapèze, toujours à l’aise, voici les démagos, tout dans les mots, rien dans le geste.
Que reste-t-il, me direz-vous. Regardez, là-bas dans un coin de l’arène, grondante et désespérée, voici le reste des Irréductibles. Prêts à tout pour réussir le spectacle, ils se casseront les dents sur leurs adversaires bien avant la fin du spectacle, et l’on balaiera ce qui leur reste de fierté d’un revers dédaigneux de la main. Mais pour l’instant ils luttent encore. Regardez-les ces Dompteurs intrépides, ils tentent péniblement de contenir le flot de Réformes horribles, difformes et menaçantes qui s’abattent sur leurs têtes, et encerclant cette masse grouillante de vices despotiques, ils bâtissent tout autour des barricades de fortune, tables, chaises, tôles et passage à niveau, tout est bon à prendre. Croulant sous les attaques des fougueuses Réformes, ils appellent au secours les endormis de la Majorité Silencieuse, qu’ils ne parviennent pas à réveiller ; et leurs compagnons Irréductibles qui les encouragent de la voix depuis le banc de touche, ceux-là non plus ne viendront pas, mais ils donnent de la voix. « Courage, vous êtes formidables ! continuez ! » et ils applaudissent, de loin, ils ne sont pas fous au point de venir se salir les mains auprès de ceux qui seront battus. Un par un, les dompteurs abandonnés baissent bras et fouets devant les Monstres-Réformes prêts à les engloutir.


Mais voici qu’en plein milieu de la représentation surgissent de nouveaux protagonistes. Appelés en renfort par le Clown-en-Chef, des Clowns Républicains de Sécurité, clown d’élites, déboulent sur la piste et viennent prêter main-forte aux Réformes. Dès lors, les Dompteurs, pris en tenaille entre les CRS et les Monstres-Réformes, ils ne peuvent plus que se rendre.
Les Dadais, voyant que les Clowns d’élite ont réussi là où ils avaient échoué, essayent de partager les lauriers avec eux, donnant un ou deux coups de pied aux dompteurs agonisants. Puis saluant le public très sérieusement, ils guettent les applaudissements du public avec un sens du ridicule à couper le souffle. Les Clowns profitent du désordre qui règne pour disperser tout le monde et mettre ainsi fin au spectacle.

Privés de spectacle, tous les protagonistes sont déçus, et fort mécontents. Il faut un coupable ! Et voilà que du bout du doigt, l’air de rien, les Clowns pointent les Dompteurs. Cible facile, ce sont les perdants, ils font donc des coupables parfaits. « Ils ont foutu le spectacle en l’air, ils sont pires que les Réformes qu’ils essayaient de repousser » crie la Majorité Silencieuse étrangement réveillée. « Ils ne se sont pas assez battus, ils ont baissé les bras aux premières difficultés » osent affirmer les Voltigeurs. Les Clowns, devenus les stars du moment, hochent la tête en souriant, « on vous avait prévenu… »
Malmenés, couvert d’injures et de tomates pourries, Les Dompteurs s’éloignent et hantent les abords du cirque où ils ont si longtemps vécu, ne sachant que faire ni où aller. Ils attendent la prochaine représentation. Et quelque part dans la nuit, un Dompteur hurle à la lune « À L’ANNÉE PROCHAINE ! »









Je m'excuse d'avance pour les fautes de saisie, je suis une catastrophe ambulante à l'ordinateur, alors un texte aussi long...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire