mercredi 22 avril 2009

L'Univert-Cité

Travail de cette semaine basé sur Portrait d'un jeune homme en artiste, de James JOYCE.


Je tiens à préciser, que pour une fois, je n'ai pas retapé mon texte, car il avait une importance particulière pour moi. Si vous n'arrivez pas à me lire, je le retaperais sans problème.

dimanche 19 avril 2009

Appel au Peuple

Bienvenue messieurs dames! Bienvenue dans la Génération Sacrifiée! Ce soir et en exclusivité, les Séquestrés du Système ouvrent les portes de leur Galère, montez messieurs dames! Je répète, ce soir et en exclusivité, les Muets aux Gorges Déployées déambulent sous vos balcons, dans vos rues mesdames messieurs! Dans la rue « Non Entendue » le spectacle est gratuit et ouvert à tous! Oyez oyez banquiers, sans papiers et jeunes désabusés! Oyez! Accompagnez-nous jusqu'au bout des pavés pour un spectacle inoubliable et hors du commun mesdames et messieurs : un Voyage au centre de la Crise! Des paradis fiscaux jusqu'à la banqueroute en passant par les sueurs froides, les infarctus, les suicides mais aussi les rires, les mensonges et les foutages de gueule, nous verrons tout, oui monsieur vous avez bien compris : TOUT!
Avancez braves gens! Ne prenez pas peur, parce que même sur l'échafaud nous respectons les mesures de sécurité et la législation, vous trouverez dans les paniers situés dans les égouts, sur les bas côtés, des parachutes, pas dorés mais presque! Alors avancez sans crainte dans cette rue sans fin messieurs dames, pour une ruée sans or vers un avenir déjà mort!
Et n'oubliez pas : profitez du spectacle!

vendredi 10 avril 2009

Par delà les frontières.

Sur le même thème qu'Ailleurs en Scène, c'est à dire l'incipit d'un roman de Romain Gary, et plus particulièrement cette phrase "La barrière du langage, c'est quand deux types parlent la même langue. Plus moyen de se comprendre."






Il était là, il me regardait avec insistance, comme s'il avait quelque chose de crucial à dire. J'attendais désespérément qu'il parle, mais lorsqu'il ouvrit enfin la bouche, impossible de comprendre un traitre mot de ce charabia. C'était des a, des an, des ou dans tous les sens. Ca sonnait comme une grève généralisée des consonnes. Plus il parlait, plus la frustration montait. Etais-je tombée sur le seul malgache qui ne parlait pas un mot de français? Depuis cinq ans que je vivais ici, pas une seule fois je n'avais eu de problème pour communiquer, donc je n'avais jamais fait l'effort d'apprendre cette langue qui vivait, chantait, grouillait tout autour de moi. Et voilà qu'aujourd'hui, assise sur cette stupide fontaine, j'écoutais quelqu'un me raconter une histoire dans une langue incompréhensible. Petit à petit, les mots trouvaient leur place autour de nous, ils devenaient musique, envahissaient mon espace, ma tête, coulant, passant, et amenant avec eux toute sorte d'images, sorties de je ne sais quel subconscient freudien pour former une danse colorée et envoutante. Bercée par sa voix, et par mon incompréhension, je m'endormis, la tête posée sur ses genoux.
Lorsque je m'éveillais au petit matin, il était toujours là, avec son éternel sourire fixé aux lèvres.
"Bonjour..."
Je me suis fait avoir, il avait grandi du coté d'Aix en Provence, le français il le parlait bien mieux que moi, il l'enseignait.
Maintenant, cela fait presque 3 ans que je l'écoute parler. Il m'a appris à baragouiner sa propre langue. Disons que je parle un malgache petit vahaza. L'histoire qu'il m'a raconté ce soir là n'est certainement pas la même que celle que j'ai entendue ou compris. Je n'ai jamais voulu l'entendre de nouveau, en V.O. ou traduite. La seule chose que je sais, c'est que maintenant que je comprends ses histoires, je me rends compte qu'il n'y en a pas eu, et qu'il n'y en aura jamais de plus belle que la première. De même, le récit de cette soirée n'en vaudra jamais le souvenir. S'il me lisait, il m'en voudrait même d'essayer.

jeudi 9 avril 2009

Ailleurs en scène

Deux marcheurs s’arrêtent en un lieu déterminé.
A : Ailleurs c’est ici.
B : C’est bien ce que je dis.
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ? Pouvons-nous nous accorder sur l’ici maintenant ? Ailleurs est entendu, plus loin est compris ; ici fait défaut.
A : Ici fait des fau-tes. Si l’ici est ailleurs, ne faut-il pas aller le chercher ?
B : Non, l’ailleurs est ici ; pour ici c’est autre chose : il refuse de se montrer. Il craint l’ailleurs qui lui colle au derrière.
A : C’est fou ça ! Mais où est ailleurs, s’il n’est pas ici ?
B : Mais il est ici !
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ?
A : A vue de nez…
B : Plutôt d’une longue vue… Ici n’est pas là, il serait plutôt plus loin.
A : Là non, plus loin… Je ne sais pas.
B : Ouvrons l’œil, là n’est peut-être pas loin.
A : Mais là n’est pas ici !
B : Peut-être… Là nous le dira, car s’il n’est pas ici, ce qui serait fâcheux, il est avec ici.
A : Ici qui est ailleurs.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord.
A : Allons voir.
Ils vont un peu plus loin.

[Mes hommages à Beckett et Lacan.]

mardi 7 avril 2009

Le jour où ma vie a raté son virage. (1)

Je n’ai jamais vraiment su quand j’étais né.
Enfin, ce que je veux dire, c’est que la version officielle des faits, celle qui est marquée sur l’Etat Civil, donne comme date le 20 octobre 1988. Là où ça se corse, c’est que j’ai trouvé parmi les papiers de ma mère, un certificat de naissance écrit de la main du médecin datant de 1986.
Connaissant les difficultés que mes parents ont traversées avant de m’avoir – ils avaient même envisagé la fécondation artificielle, je me suis longtemps demandé si mes parents étaient vraiment le miens. J’avais maintenant une autre sujet d’interrogation : étais-je né en 1988 ou non ?
Puis le temps a passé, cette histoire s’est effacée de ma mémoire. Jusqu’à ce jour, où on a sonné à la porte de mon appartement.
J’ai ouvert. Sur le seuil, il y avait un homme. Il semblait nerveux, mais pas angoissé, plutôt confiant au contraire. Le genre de type qui fait des enquêtes au porte-à-porte pour savoir si on préfère les flans vanille-cassis ou framboise-melon, ou si la dernière lessive –nouvelle formule ! – qui lave même si on fait des nœuds et qui rend le linge blanc et doux nous satisfait.
Je me fais la réflexion que je vais sans doute finir par lui claquer la porte au nez. Même si c’est pas sympa, aujourd’hui n’est pas le bon jour pour venir m’interroger sur mes préférences culinaires ou la douceur de mon linge.
Il commence :
« Je suis bien chez Monsieur… ? »
Je me dis tiens, les enquêteurs n’ont-ils pas au moins de quoi noter les réponses des gens ? Il doit avoir une bonne mémoire, celui-là, il n’a rien, juste ce bout de feuille où est griffonné mon nom… »
Il semble attendre quelque chose… ? Ah oui, je ne lui ai toujours pas répondu.
Je lui murmure un “oui“ tout sauf engageant. Il ne s’en formalise pas et me demande s’il peut entrer quelques instants. Je lui cède le passage. Il entre, s’avance puis s’arrête. Je lui propose de s’installer dans le salon. Je vais chercher des tasses et du café dans la cuisine. Nous nous asseyons. Il regarde sa tasse fixement, il ne se sait visiblement pas quoi dire, par où commencer. Il parait se décider, prend une longue inspiration et se lance.

dimanche 5 avril 2009

Un cerf-volant dans le placard.

Jour de mon sixième anniversaire.
Ma tante me tend un objet tout emballé de papiers aux couleurs criardes. Elle me sourit en disant : « Tiens, c’est cadeau ! »
J’ouvre le paquet. J’en sors quelques bouts de bois et un morceau de toile. Je regarde ma tante sans vraiment comprendre.

On me dit : C’est un cerf-volant. Il faut le monter. Ils ont l’air d’être plus contents que moi. Ils montent le cerf-volant. Ils ont l’air de plus s’amuser que moi.
On me tend un bout de ficelle. On me dit : Cours ! Il faut qu’il décolle. Ils ont l’air d’être plus impatients que moi. Ils regardent le cerf-volant hésiter à s’envoler, il volette et retombe au sol. Ils ont plus l’air d’être des ingénieurs de la NASA, attendant de voir décoller leur fusée, que moi.
On me pousse, on me prend sur les épaules. On me dit : Tend les bras ! Il faut qu’il aille plus haut. Ils ont l’air de vouloir le voir voler plus que moi. Ils sont contents ils volent. Les ingénieurs se félicitent du succès de leur mission.

Je reprends mon cadeau. Je range soigneusement toutes les baguettes de bois, je plis soigneusement le morceau de toile, je rembobine soigneusement le fil. Je reprends mon cadeau. J’ouvre soigneusement la porte de mon armoire, je glisse soigneusement l’étui dans lequel est emballé mon cerf-volant sur une étagère, je remets soigneusement mes habits par-dessus.

J’ai repris mon cadeau. Ils avaient l’air de vouloir être moi plus que moi.
Enfin, quoi ! C’est mon anniversaire !

Irak 9-1.

Lueurs des voix. Clameur de la nuit.
L’eau flotte. Éclair. Je me tortille sur les épaules de mon père. A droite, des bouches crient. A gauche, des bouches crient. Tonnerre !
Là-bas, loin devant, d’autres bouches crient. D’autres éclairs, mais plutôt de ceux qui font des cratères. La ville est menacée. La vie est prise.
Bagdad tremble. Elle s’en irait bien, mais ses racines sont trop profondes. Elle s’enterrerait bien, mais elle ne veut pas s’asphyxier.
Ici, loin de là, on voudrait l’aider. Alors on crie. On essaie d’être des paratonnerres. Nous voulons égaler Benjamin Franklin. Mais, là, pas le droit à l’erreur, pas d’essai. Il n’y a pas de cerfs-volants à Bagdad.

Plume et la nuit

Plume sort. C’est ce qu’il préfère dans la vie.
Les arbres se transforment. Il s’agitent, veulent le suivre. Leurs racines sont trop solides.
Le vent lui caresse le visage. Puis, voyant que Plume ne réagit pas, ne répond pas à sa tendresse, le vent se vexe et se venge. Il envoie des vagues de froides aiguilles.
Plume pleure. Il ne veut pas du malheur. Plume pleure et la nuit le serre dans ses bras. Plume pleure, mais un peu moins, puis plus du tout.
Plume revient et, pour la première fois dans sa vie, entre.
Changement de décors, chemin sinueux. Arrivé à la bifurcation, Plume doit choisir. Il se dit : «Pourquoi ne pas dire oui ?»
Plume devient heureux. Le temps passe. Un ange vient lui serrer la main, puis s’envole. Le temps repasse. Plume se dit : «Tiens, il fait des allers et des retours. Quand est le prochain train ?»
Plume est fatigué. Le temps n’a pas arrêté de passer, repasser, dépasser partir, revenir. Plume retrouve son habitude : il sort. Il n’est plus seul. La lune les suit des yeux. La pluie semble hésiter à les mouiller.
Plume est dispersé par le vent qui est revenu. Il se promène dans la rue, sur la route.
Les lumières dansent. Bienvenue dans le bal nocturne !
Plume marche, puis saute, cours. Il s’arrête. Une bouche d’égout le regarde d’un air agressif. Elle grogne, puis glisse sous son pied.
Plume embrasse le bitume. Des cailloux plein les dents, il se dit que ce n’est pas si mauvais, juste beaucoup plus croustillant que tout ce qu’il a mangé jusque là.
Plume se relève et reprend son chemin. Il doit chercher une maison libre, puisque la sienne a disparu.
Il arrive devant, prend ses clefs. Ouvre la porte, derrière il y a son lit. Plume réfléchit et se dit qu’il a de la chance de posséder un lit qui sache prendre le train.
Il se couche. S’endort. Il doit dormir. Il doit être en forme. Demain, c’est la révolution.

vendredi 3 avril 2009

Le soleil se lève

La Chine, vous connaissez la Chine? Pékin, Shanghai, la Cité interdite, vestige des dynasties impériales, son milliard et demi d'habitants ?
Et le Tibet ? Vous connaissez ? Son yéti, ses neiges éternelles... Paysages de carte postales, pays où les légendes sont vivantes.
La carte postale a jauni, la légende s'est teintée de rouge.
La Chine aime le Tibet. Elle l'aime tellement qu'elle s'est installée chez lui. Depuis 60 ans.
La collocation n'est pas simple : la Chine ne paie pas le loyer, par contre elle sait faire le ménage.
Dans ce couple étrange, le Tibet est la femme battue : son peuple est asservi, obligation pour tous les Tibétains et Tibétaines de parler, manger rêver, vivre chinois.
Plus de langues, plus de culture, plus d'art, plus d'existence pour le Tibet.
Quand le loup n'y est pas... mais le loup y est. Et il mange le Tibet.
Obligation de vivre chinois, vous dites ? Obligation de se marier avec un Chinois. Sans permis pas D4enfant tibétain. Enfant Sans permis ?
"Suite à des complications lors de l'accouchement, nous avons dû opérer votre femme. Pour le bien-être de celle-ci, nous avons pris la décision de la stériliser." (en chinois dans le texte)

Mais pas d'inquiétude ! La Chine est là pour aider le Tibet ! Elle l'a sorti du joug théocratique des moines et des lamas. Le pseudo-communisme, c'est tellement mieux !
Vive la Chine ! C'est tout ce que je peux dire.

Suite aux évènement qui avaient eu lieu l'an dernier au Tibet (révoltes et émeutes du peuple tibétain contre le colon chinois), j'ai fait un petit exposé devant quelques membres du NPA. Cela a été très mal accueilli, je me suis vu qualifiée d'"anti-communiste" et de "partisane d'un régime théocratique dictatorial, et de la restauration d'un tel régime au Tibet".
Je tiens à préciser que je suis pour le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et dans ce cadre-là, je suis convaincue que le peuple du Tibet voit ce droit bafoué (et ce quel que soit le régime en place en Chine).

Thème de la semaine

Le thème de cette semaine était la colère productive. (travail basé sur la lecture d'un passage de La promesse de l'aube, de Romain GARY et sur la phrase "Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux de l'instruction", in Proverbes d'enfers, de William BLAKE)

Inauguration du blog

Bonjour à tous,

Suite à la proposition de Julien Roumette de créer un blog pour mettre en ligne les textes présents, passés et futur de l'atelier d'écriture, voilà le résultat.

Pour mettre vos textes sur le blog, créez un profil sur Blogger et je vous mettrais comme auteurs ou envoyez-moi les textes directement sur ma boîte mail.

Pour le choix du titre, j'avais proposé "la nacelle", parce que je trouvais ça symbolique à la fois sur le thème annuel de la nidification en l'air, du voyage (dans notre imaginaire ou celui des autres à travers nos écrits) et également, de notre vision du monde qui est modifiée selon le point de vue adopté.

J'espère que tout le monde participera activement !

Louise