dimanche 5 avril 2009

Un cerf-volant dans le placard.

Jour de mon sixième anniversaire.
Ma tante me tend un objet tout emballé de papiers aux couleurs criardes. Elle me sourit en disant : « Tiens, c’est cadeau ! »
J’ouvre le paquet. J’en sors quelques bouts de bois et un morceau de toile. Je regarde ma tante sans vraiment comprendre.

On me dit : C’est un cerf-volant. Il faut le monter. Ils ont l’air d’être plus contents que moi. Ils montent le cerf-volant. Ils ont l’air de plus s’amuser que moi.
On me tend un bout de ficelle. On me dit : Cours ! Il faut qu’il décolle. Ils ont l’air d’être plus impatients que moi. Ils regardent le cerf-volant hésiter à s’envoler, il volette et retombe au sol. Ils ont plus l’air d’être des ingénieurs de la NASA, attendant de voir décoller leur fusée, que moi.
On me pousse, on me prend sur les épaules. On me dit : Tend les bras ! Il faut qu’il aille plus haut. Ils ont l’air de vouloir le voir voler plus que moi. Ils sont contents ils volent. Les ingénieurs se félicitent du succès de leur mission.

Je reprends mon cadeau. Je range soigneusement toutes les baguettes de bois, je plis soigneusement le morceau de toile, je rembobine soigneusement le fil. Je reprends mon cadeau. J’ouvre soigneusement la porte de mon armoire, je glisse soigneusement l’étui dans lequel est emballé mon cerf-volant sur une étagère, je remets soigneusement mes habits par-dessus.

J’ai repris mon cadeau. Ils avaient l’air de vouloir être moi plus que moi.
Enfin, quoi ! C’est mon anniversaire !

2 commentaires:

  1. Salut Sir Iles
    Salut l'atelier
    S'il fallait te raconter en detail l'enfance d'Alphonse,
    il y a fort a parier que tes yeux pleureraient de pitie,
    tant l'histoire des premieres annees de la vie d'Alphonse
    porte a la sensiblerie:
    a peine l'eut elle mis au monde que sa mere,
    femme douce et belle comme le dos de ma main
    fut prise de spasmes funestes que toute sage-femme digne de confiance
    redoute.
    Son pere,
    que la presence de l'enfant
    aurait pu consoler du depart de l'epouse,
    trouvant affreuse cette creature sanguignolante
    qui rampait sur le cher
    ventre mort de sa femme,
    prefera se pendre au fond d'une grange,
    plutot que d'assumer son role de veuf.
    Le soir tombant sur toute cette tristesse,
    l'orphelin affame hurlant a la mort,
    une vieille veuve qui passait par la
    crut bien faire en le mettant dans son cabbat.
    C'eût put etre une gentille vieille dame,
    mais non, c'etait une mechante vieille dame,
    une infirmiere a la retraite.
    Enferme dans un placard pendant la nuit,
    battu s'il faisait des taches ou du bruit,
    il passait ses journees attache au bout d'une chaine,
    a travailler dans le jardin, ou a laver la maison.
    On dit qu'elle s'amusait a saccager l'endroit
    afin de lui trouver des occupations.
    Elle l'etouffait, l'electrocutait, l'empoisonna meme une fois,
    pour se divertir.
    On mentionne les noms dont elle l'affublait:
    petite crotte, mon croupi, miasme.
    La vieille dame,
    dont le mignon peche etait d'aller manger dans un grand restaurant
    plein de dorures et de gens tres comme il faut,
    lui ramenait ses restes dans un petit sac en plastique;
    un jour elle s'acheta un petit chien pour se distraire,
    et le petit Alphonse n'eut plus qu'a retourner la terre,
    gratter les lattes du plancher,
    afin de pourvoir a son alimentation.
    Mais au moins le chien n'etait pas trop mechant avec lui:
    meme, ils s'aimaient bien, et auraient pu etre amis,
    si la vieille dame n'y veillait.
    A onze ans,
    c'etait un petit squelette qu'on sortait du placard le matin,
    et qui labourait l'argile tout le jour jusqu'au soir au bout de sa chaine,
    sous l'oeil somnolant de sa gardienne,
    qui devorait des romans d'amour dans un transat en caressant le petit chien.
    Tu me demanderas quel plaisir je peux trouver a inventer de pareilles absurdites,
    quel genre de reaction je veux obtenir de ta part et de celle de notre cher atelier ecriture.
    Laisse moi te dire que je n'invente rien,
    je n'ai fait que traduire
    en dramatisant un poil
    une breve parue ce matin dans le "Sun"
    journal lumineux s'il en fût.
    Je n'ai fait qu'inventer le prenom d'Alphonse,
    la creature n'ayant pas de nom.
    Ca n'explique toujours pas pourquoi
    je me suis decide a rompre le silence
    qui m'avait envahi depuis quelques semaines,
    pour te rendre compte d'un fait divers que de chastes esprits
    jugeront peut etre sadique, sadien, célinien, célinesque,
    enfin, Julien n'aimera pas.
    Qu'ils se detrompent,
    et se rassurent,
    la reponse se trouve a la fin de l'histoire,
    et vaut a elle seule
    de mentionner les peines susdites.

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  2. Il arrive qu'en allant jouer au parc avec leur cerf-volant,
    les petits enfants, surpris par une bourrasque,
    lachent la ficelle qui retient à la terre l'etoffe en l'air.
    L'enfant pleure, le cerf-volant disparait, et puis c'est oublie.
    Mais ou vont les cerfs volants qui s'echapent?
    Beaucoup doivent s'abimer en mer, ou finir enchevetres dans d'innaccessibles canopees.
    Or
    l'un de ces forcats des airs
    choisit de se poser devant le petit Alphonse,
    comme il se delectait de limaces,
    sous les yeux endormis de la maratre au petit chien.
    Il n'avait jamais rien vu d'aussi beau:
    la photo nous le montre
    grand losange de plastique rouge traverse de bandes jaunes et vertes, avec des cordelettes bleues.
    Il s'approcha du cerf volant,
    le prit entre ses mains,
    le leva au dessus de sa tete en geignant de bonheur:
    une bourrasque l'emporta.
    Il s'eleva par dessus les grillages et les haies,
    les toits de son quartier,
    survola Manchester, ses usines, ses immeubles et ses stades
    pendant quelques minutes,
    planant sur trois miles, et plus d'un million d'âmes
    et finit en beaute par s'ecraser contre une statue
    quelconque (Victoria, si je me souviens bien).
    La police, intriguee par la maigreur du petit cadavre,
    mena l'enquete et finit par arreter la vieille dame.
    Actuellement en prison pour maltraitance,
    elle risque fort d'y finir ses jours.
    Le "Sun" profite de l'histoire
    pour relancer le debat sur la peine de mort.
    Why not?
    On nous rassure en nous informant que le petit chien va bien,
    et qu'une voisine,
    qui se declare tres choque par ce drame,
    on ne s'en doutait meme pas, on a rien entendu, il était si poli ce petit chien
    a decide de l'adopter,
    parcequ'il n'y a pas de raison qu'il paye pour sa maitresse.
    On se demande comment ce genre d'ignominie
    peut arriver dans un pays moderne
    comme le notre
    de nos jours.
    Le journaliste, qui garde l'anonymat, conclue par :
    "Kite a sad story"
    Je te laisse reflechir.
    A+
    Luc

    St Andrews 2004- Lisbonne 2009

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